Zoom de la saison #3 – Été 2015 – School-Live!

GakkouGurashi - 00Il y a des animes qui savent intriguer, même dans un contexte plutôt bâtard et sanguinolent. Entre les zombies et des filles qui font craquer, que préférez-vous ? Gakkou Gurashi! en décide à votre place.

Vous trouverez cet anime sous le nom – assez générique – de School-Live! légalement et gratuitement sur Crunchyroll.


À la base un manga confidentiel commencé en 2012, par deux personnes tout aussi méconnues (Sadoru Chiba & Norimitsu Kaihou), ce dernier a vite attiré une petite communauté, qui a su déceler la pépite qui pouvait étinceler de cet univers. Finalement, le studio Lerche se charge de l’animation trois ans et demi plus tard, avec quelques personnes de talent. Je pourrais vous citer Ando Masaomi en réalisateur (Muv-Luv Alternative: Total Eclipse, White Album 2) et les trois scénaristes venant des publications papiers de Steins;Gate, Quintet Phantasm & Gunslinger Stratos.

Le premier épisode débute comme n’importe quelle production lambda, avec la mise en place de quelques filles à l’apparence de poupée (adultes compris) au sein de leur établissement scolaire. Le Club de Vie Scolaire y mène ses activités, de la façon la plus sereine possible. Yûri « Riri » Wakasa en est la présidente, épaulée par la caractérielle Kurumi Ebisuzawa, la crédule Yuki Takeya, et l’étrange Miki Naoki. Bien que n’étant pas membre du club, la professeur Megumi Sakura s’incruste de temps à autre, pour épauler les amies de son élève Yuki.

GakkouGurashi - 01

Le club de Vie Scolaire au complet, la professeur Megumi de dos.


On y voit une belle brochette de personnes, plus ou moins importantes. Il faut avouer que l’on regarde d’un œil distrait les missions du club exclusivement féminin… si toutefois on en trouve réellement. Yuki joue la gamine de foire, son ventre criant famine à tout bout de champ. Fort heureusement Kurumi assiste d’autres élèves sur le toit, réaménagé en culture de fortune. Ainsi le campus a ses propres ressources naturelles, de nourriture comme d’électricité. Miki reste des plus réservées, ni vraiment distante, ni vraiment présente, contrastant avec le but premier du club : résoudre les problèmes des gens.

Heureusement que le toutou Tarômaru joue la navette entre celle-ci et Yuki. On sent toutefois une certaine distance entre l’animal et les filles, surtout quand les premiers moment de l’anime usent du jeu du chat et de la souris. Or si vous étiez à la vingtième minute, vous avez probablement assisté à une désillusion que personne n’attendait. L’ambiance générale laisse place à l’épouvante ; la plupart des élèves que l’on a croisé sont soit décédé, soit devenu des zombies. Les filles du Club de Vie Scolaire font partie du cercle très fermé de survivantes…

Gakkou Gurashi - 09

Retour à la triste réalité…


Ce premier contact est pour ainsi dire surprenant. À titre personnel, je n’ai pas ressenti une émotion aussi forte depuis Kanon. Je tiens à dire que je n’ai jamais lu le manga ; je me suis tenu aux premières lignes du synopsis, qui ne traitait pas de ce qui se passait concrètement. Arrivé au générique de fin, le spectateur se remémore du caractère de tous les personnages. En fait, un seul d’entre eux suffira : Yuki Takeya. La dernière scène de cet épisode le montre d’ailleurs, enfermée dans sa bulle, vaquant à ses occupations. Déconnectée de la réalité. Ses amies ne semblent pas lui en tenir rigueur, or à ce stade, on n’en connait guère plus sur leurs motivations personnelles.

Ce malaise est d’autant plus présent quand ces têtes peuplant les salles relevaient de son imaginaire, laissant la vision générale à des couloirs désespérément vides (ou presque), puis une ville fantôme, sans qu’aucune aide extérieure n’advienne. Les épisodes suivants nous permettent de comprendre comment certaines de ces filles sont arrivées à se retrouver – avec plus ou moins de réussite et d’indécision.

GakkouGurashi - 03

« Il faut cultiver son jardin » – Candide, Voltaire.


Le studio Lerche s’est tenu à une animation simple, dans le respect des productions actuelles. L’anime School-Live! accueille le chara designer Haruko Iizuka, qui a officié pour Little Busters & Henneko. On y retrouve un aspect poupée déjà abordé susdit, et plus mature pour les dizaines de zombies (que l’on distingue difficilement). Contexte oblige, la variété des décors n’est pas au rendez-vous, du moins pas dans l’immédiat. De nombreux flashbacks contribuent à l’ambiance maussade de l’apocalypse urbaine, la nature de l’épidémie et de sa portée demeurant inconnues.

Le mélange du moe et de l’horreur peut s’avérer suicidaire, mais la formule employée ici d’avère des plus probantes. Le premier contact est exemplaire, le traitement des personnages est suffisant (avec un mystère à tout épreuve concernant Yuki). L’ambiance sonore reste toutefois sacrifiée par une mise en scène à deux temps, laissant de longues phases de dialogues puis d’action, certes à la fois décousues et déterminantes. Le cadrage est souvent flouté et tremblotant, dans le but d’y susciter l’angoisse.

Le club essaie non seulement de comprendre ce qui se passe mais se penche aussi sur la question de la survie. Il est compliqué quand chaque personne garde des choses pour soi, nous amenant aux mécaniques de toute production horrifique : problèmes de la cohésion d’équipe, gestion des ressources à disposition, cercle de sécurité et surtout, peur de mourir.

GakkouGurashi - 04

Deux dames perdues dans un monde fantôme.


Au stade où l’anime évolue, je peux m’avancer sur les interrogations suivantes : Yuki ne semble pas totalement détachée du contexte. Pour elle, sa joie reste un exutoire salvateur, pour ne pas perdre les pédales. Elle a besoin de garder ses habitudes, d’avoir quelque chose qui la rassure. Cela lui amène quelques problèmes malheureusement, puisque son imagination exacerbée implique d’aller au contact de la mort (la scène de la bibliothèque puis sur le hall central du centre commercial étant de très bons exemples). Sous ses airs de gamine semble se dessiner une fille seule, qui a peut-être assisté à tout ce qui lui était cher, s’effacer en un coup de pelle. Sa fragilité peut remettre en question la survie du club.

GakkouGurashi - 02

Voilà la pause câlin !

Le statut différent de la sensei Megumi Sakura devrait nous mettre en confiance : or celle-ci est rarement à l’aise. Elle ne démérite pas, en étant souvent de garde la nuit, conservant une autorité stable et proposant des solutions (merci la voiture). Je me suis avancé pour dire que l’on ne sait rien sur Yuki, mais c’est d’autant plus vrai pour Megumi. Un simili-Yuki adulte, légèrement insouciante et semblant savoir bien des choses. Professeur en formation jusque dans la confiance en soi !

GakkouGurashi - 05

En sait-elle plus qu’elle ne le prétend ?

L’espèce de road movie qui s’en suit après l’épisode 4 (dans le flashback de Miki) leur permet de redécouvrir un monde en proie au chaos, laissant le peu de vie à des objets passés. Toutefois, cet espace exigu qu’était la salle du club et ses quelques couloirs pouvait se gérer facilement, contrairement à une randonnée dépourvue de fil rouge. Le schéma de School-Live! à l’heure où se poursuit l’anime, ne change pas : flashback sur un personnage. Problème à aborder (nourriture, parcours, zombies). Puis élément perturbateur en la présence de Yuki, toujours secourue par Kurumi et Riri. Résolution inopinée via une action éliminant le problème puis moralité et ouverture au prochain épisode. On bafoue la temporalité.

"Quant à moi, j'ai déniché une ouverture !"

« Quant à moi, j’ai déniché une ouverture ! »


School-Live! a de beaux moments qui tardent cependant à se développer. L’effet tranche de vie est parfois trop présente, pouvant lasser quelque peu le spectateur. On a toujours en tête ce premier épisode. Le parallèle d’utiliser le domaine scolaire (où l’Homme apprend la vie, en somme) est judicieux. J’apprécie le nombre limité de personnages, qui me laissait pantois au départ.

On peut se demander pourquoi on se recentre sur Miki plutôt qu’une autre personne, quitte à lui donner une importance disparate sur deux épisodes entiers ! Le format de l’anime peut nous faire peur, puisque traiter cinq personnes en une saison relèvera du parcours du combattant. Cela ne m’étonnerait pas que le studio amène un bad event, un évènement tragique qui ferait ressurgir toute la mélancolie de Yuki, l’angélique.

Gakkou Gurashi - 08

Vaut-il mieux en rire ou en pleurer ?

Passé le twist en début de série, que reste t-il ? Un scénario de survie conventionnel, des personnalités arrêtées souvent connues de l’otaku… Je ne pense pas que le chara-design sert à l’histoire, puisque le décor est somme toute banal. DanMachi, que j’ai traité lors d’un précédent zoom, s’est détaché de l’aspect moe, pour éviter de saturer inutilement l’histoire. Ici, c’est tout de même plus présent ; les vrais aficionados de l’horreur et allergiques aux filles « trop kawaii » passeront leur tour.

Or, je suis convaincu de la bonne adaptation générale, sublimée par une mise en scène pesante, parfois malsaine. Se renouvellera t-il sur l’anime en douze épisodes ? Pas si sûr. Il faudra sans doute se pencher sur la suite en manga pour en connaître tous les tenants et aboutissants de ce scénario. Marier deux genres extrêmes reste ainsi réalisable, à l’heure où les zombies se sont assagis en anime.

Les premiers moments furent dantesques, la suite plus modeste. Le personnage de Yuki perturbe, remettant en question notre propre position : voit-on dans ses yeux, le monde tel qu’il est ? Une des interprétations personnelles à la Inception, qui m’est chère. School-Live! a la particularité de se baser sur la psychologie propre au genre. Plutôt déconcertant quand on voit cinq femmes moe dans un univers laissé-pour-compte, à l’issue plus qu’incertaine…

GakkouGurashi - 06

Peut-être est-ce la meilleure façon de traiter de l’horreur : survivre pour vivre & non vivre pour survivre.


Un peu pris par le temps en ce moment, vous pouvez poker Ølex sur ask.fm, Twitter, Facebook et MAL.

Laisser un commentaire