Zoom de la saison #2 – Hiver 2015 – Kantai Collection

Voilà trois ans que le Japon s’est engouffré dans la folie des jeux portables. En pleine pause dans leur travail du quotidien, le peuple nippon a tout juste le temps de se pencher sur quelques animes ou raconter deux-trois conneries sur ses désirs les plus inavouables. Jouer rapidement stimule, plaisant à toute une catégorie de personnes.

Ces derniers mois, un jeu s’est vite démarqué des autres ; Kantai CollectionKanColle pour les intimes – est pour ainsi dire devenu un véritable phénomène national.

Des filles canons qui flottent sur l'eau ; la représentation parfaite dont rêve l'Homme ?

Des filles canons qui flottent sur l’eau ; la représentation parfaite dont rêve l’Homme ?

Lancé en avril 2013 par Kadokawa Games, ce jeu de cartes free-to-play arbore un système de jeu à la fois riche et intuitif. Son casting féminin démesuré divertit plus de 2,5 millions de joueurs en l’espace de dix-huit mois, se délectant en plus d’une gestion de flotte navale sympathique, de dizaines de donzelles aux caractères aussi arrêtés que complémentaires. Se sont ensuite enchaînés sur la toile de multiples doujin et autres fanarts extrêmement… fantasmagoriques.

J’aurais pu être plus vicieux… KanColle est à ce jour, l’univers moe le plus en vogue sur les chan.

En été 2013, Kadokawa annonce la prise en charge d’une adaptation animée par Diomedea. Le monde des animes se contente de deux maigres bande-annonce avant de pouvoir se prononcer son lancement, repoussé entre temps de juin à août 2014, pour enfin arrimer en janvier 2015.

Que raconte concrètement KanColle ? Il s’agit de l’aventure d’une troupe de jolies filles incarnant l’esprit de flottes de guerre (les Kan-Musume) dans le contexte de la Seconde Guerre Mondiale. L’humanité a perdu le contrôle de ses terres, l’organisation maléfique Deep Sea Fleet (je reprendrai ici volontairement les termes officiels du jeu éponyme) ayant mainmise sur les eaux de la planète. Pour les besoins de ce semblant de scénario, l’anime a décidé de se recentrer sur Fubuki, débutante type destroyer un peu cruche sur les bords mais très déterminée. La base de Chinjufu accueille d’innombrables femmes formées puis mise au combat, prêtes à en découdre et ainsi repousser l’envahisseur.

"On fera de notre mieux, tout va marcher comme sur des roulettes !"

« On fera de notre mieux, tout va marcher comme sur des roulettes ! »


Sur le papier, il faut reconnaître que l’idée de départ s’avère plus qu’intéressante : s’éloigner du jeu de cartes pour se concentrer sur la vie de ces personnes dans le but d’étoffer leur psychologie et un peu de leur personnalité. Le casting est déjà assuré et de qualité. Le premier épisode s’avère être une véritable introduction à l’univers : on fait la connaissance de la base, des enjeux, des conditions de formation à la première confrontation avec l’ennemi (énigmatique, or le jeu arborait déjà cet état de fait).

On remarque que le visuel est soigné, probable conséquence des reports multiples. La version télévisée s’approche clairement d’une version commerciale DVD/Blu-Ray, avec des effets de lumières appuyés et un chara-design aisément reconnaissable pour les férus du jeu de cartes. On appréciera la bonne animation 3D et son action crescendo.

Les dernières minutes du 1er épisode envoient du pâté, pour un des beaux moments de l'anime, à ce jour.

Les dernières minutes du 1er épisode envoient du pâté, pour un des beaux moments de l’anime, à ce jour.

Toutefois, l’impression générale prend l’eau dès l’épisode suivant, reprenant les plus gros défauts que l’on puisse craindre. Une adaptation originale se doit d’être maîtrisée : n’ayant pas de support d’origine outre la biographie du jeu, comment tenir un scénario sur une grappe d’épisodes ? On prend note de la formation (compliquée, cliché oblige) de Fubuki, de sa connaissance (compliquée, cliché oblige) avec les autres Kan-Musume. Vient la disparition malheureuse, un changement (compliqué, cliché oblige) dans la formation du groupe et quelques autres mini-intrigues.

Chantons de toute notre cœur, pour oublier combien on est clairement dans la deche !

Chantons de toute notre cœur, pour oublier combien on est clairement dans la deche !

Sur les sept premiers épisodes, Kantai Collection enchaine les sous-intrigues empruntant des scènes vus et revus dans le monde de la japanimation. Revoir l’idol glousser pour vouloir chanter puis danser énerve à force, tandis que les quelques rares personnes sortant du lot (Shimakaze !) font l’affront d’apparaître quelques minutes pour avancer le scénario d’à peine deux nœuds. On battra retraite sur l’aspect combat, toutefois ici bien orchestré.


Keizo Kusakawa, directeur ayant officié sur les Nanoha et Sekirei, paraît tente bien que mal insuffler un côté dramatique, portant le message de « la guerre c’est pas cool », « la peur de l’inconnu sur le champ de bataille ». Sauf qu’ici, le tout s’avère si bien poli que l’on y croit plus. Ou du moins que trop rarement. D’expérience personnelle, je n’ai pas réussi à m’attacher aux personnages ; non seulement parce qu’il y en a trop, mais parce que c’est un véritable défilé de mode sans une once de personnalité. C’est abrupt, culotté mais aussi bordélique qu’enfantin.

Le mélodrame sur des personnages aussi surfait, ça ne fonctionne jamais.

Le mélodrame sur des personnages aussi surfait, ça ne fonctionne jamais.

Je tiens plus ou moins le même discours que mon précédent zoom. Le plus étonnant c’est d’y retrouver ces défauts dans un contexte d’adaptation similaire. Toutefois ne boudons pas notre plaisir, car KanColle est tout de même plus entraînant que moult modèles. C’est beau, divertissant… Toutefois, on l’aura oublié très vite.


Ce que l’anime échoue à raconter, il le traite de manière honorable dans ce qu’on a aimé jouer. Malheureusement, voir des femmes combattre dans un univers aussi random aboutit à un constat alambiqué. Il est peu probable que la seconde partie de l’adaptation sauve la mise. Peut-être si elle était arrivée deux ans avant les intrigants Girls und Panzer et Arpeggio, on aurait tenu un pavé moins glacial ?

Les fans du jeu de cartes en ligne apprécieront de retrouver ses héroïnes s’animer devant eux, au service d’une adaptation toute somme agréable visuellement mais d’un scénario aussi creux que la carcasse d’un porte-avions. C’est déjà ça.

- Ølex

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