Le Choix de Garbo #16 – Le bonheur d’une vie

Pas mal de mangas ont changé ma vision du monde, mais peu ont autant bouleversé mon univers et je crois que la quasi totalité des gens qui ont lu ce manga sont du même avis. Aujourd’hui nous allons parler de mon manga préféré à ce jour et je vais faire de mon mieux pour vous transmettre ma passion pour ce chef d’oeuvre. Si vous me suivez sur Twitter il est fort possible que vous m’ayez vu spam le manga l’été 2016 car c’est à ce moment que j’ai découvert le manga et croyez-moi, j’en suis encore sous le choc. Pendant que les gens parlaient de l’anime Re:Zero, moi j’étais dans ce petit monde qui se nomme Oyasumi Punpun.


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Présentation

Alors vu que ce manga est en quelque sorte mon bébé, je vais faire de mon mieux pour séparer le tout de façons logique et abordez le plus de sujet possible dont une présentation de l’auteur qui mérite clairement qu’on parle de lui. Mais avant tout laissez moi vous présenter le manga !

Oyasumi Punpun, aussi connu sous le nom de Bonne nuit Punpun en français est un manga d’Inio Asano (Dead Dead Demon’s Dededededestruction, Solanin, La Fille de la Plage, etc.) de 13 tomes publié de mars 2007 à novembre 2013. Vous pouvez le retrouver chez les éditions Kana en France. C’est avant tout un manga seinen que je ne recommande pas à tout le monde pour une seule et unique raison : c’est dépressif et très sombre parfois, mais je vais vous expliquer ceci plus tard.

Résumé (Wikipédia) : Le manga conte l’histoire de Punpun, un vrai garçon représenté comme un oiseau caricaturé en 2D, livrant sa situation familiale bancale, puis abordant son premier amour, décrivant son entourage, tout en traversant le début de son adolescence pensée par son esprit plus ou moins hyperactif, sur plusieurs années de sa vie.


Inio Asano et son art

Avant tout j’aimerais parler de cet auteur qui est considéré comme le représentant de la nouvelle génération de mangaka. Né en 1980 dans la préfecture d’Ibaraki, il commence sa carrière de mangaka a 17 ans et à jusqu’à ce jour que 2 assistants, ce qui est assez faible quand on regarde la charge de travail qu’il s’impose. Inio Asano, contrairement aux mangakas « traditionnels », utilise beaucoup l’ordinateur pour ses travaux (dont les dessins). Il donne un style très numérique, mais réaliste à ses dessins, mais au fil des années l’aspect numérique qui peu être dérangeant disparaît grâce à l’expérience qu’il a acquis et franchement ça donne des scènes époustouflantes et très détaillés.

« Tu sais pourquoi j'ai une tête d'oiseau toi ? »

« Tu sais pourquoi j’ai une tête d’oiseau toi ? »

Dans le documentaire Manben Urusawa, qui est un documentaire fait par le mangaka Naoki Urusawa, vous savez l’auteur de Monster, 20th Century Boys, Pluto et plus récemment Billy Bat. Dans l’épisode du 18 septembre 2015 on y découvre comment Inio Asano travail et sincèrement c’est de loin un des documentaires les plus enrichissants sur l’univers du manga. Pour ceux qui sont intéressés, il faut savoir qu’Inio Asano travail sur ses personnages dans cet ordre :

Il commence par faire les brouillons, pour ensuite calquer en plus propre sur une table lumineuse. Il utilise une mine bleu clair, car s’il rate certains traits, il n’a pas besoin de les effacer, car ils n’apparaissent pas lors de l’impression. Il procède ensuite a l’encrage avec une plume G, alias la partie qu’il trouve le plus difficile. Les traits faits sur les yeux et les cheveux sont fait à l’aide d’un stylo-pinceau. Les traits plus fins sont faits à l’aide d’un stylo à dessin de 0,05 ou sinon il utilise un stylo à bille 0,25.

Le style graphique d’Inio ressemble beaucoup à celui de Mizuki Shigeru, connu pour ses ouvrages sur les yokais, surtout au niveau du décor. D’ailleurs il faut savoir que pour Asano, le personnage principal est le décor : il fait le décor avant de faire les personnages sur ses planches.  C’est là que l’ordinateur entre en scène. On va se mettre d’accord, les dessins d’Asano sont d’un réalisme fou qu’on dirait presque une image, sauf que c’en est une. Dans Manben, on nous apprend qu’Asano photographie lui-même des environnements pour ensuite les passer en noir et blanc en les saturant légèrement. C’était tout ce qu’il faisait dans Bonne nuit Punpun et c’est de là que cet aspect digital vient. Le meilleur exemple est Dieu, regardez-moi ce dessin, c’est l’exemple parfait de ce qu’Asano appliquait dans Punpun. Pourtant ça n’empêche pas qu’il soit un génie au dessin, vous ne pouvez pas lui enlever son talent quand on regarde les personnages qu’il dessine.

« Salut c'est moi, Dieu. Tu peux m'appeler François aussi ! »

« Salut c’est moi, Dieu. Tu peux m’appeler François aussi ! »

Je vais m’écarter de Punpun rapidement. Si Bonne nuit Punpun est l’histoire la plus enrichissante à ce jour de mon point de vue, mais avec un visuel un peu digital, imaginez plus tard quand il aura maîtrisé sa technique à l’ordinateur pour les décors. C’est là qu’entre en scène Dead Demons Destruction, qui nous montre qu’Asano est toujours en train d’évoluer, d’améliorer sa technique. L’aspect digital est de moins en moins présent, car dans DDD, Asano retrace toutes les lignes à l’encre en y ajoutant des défauts. Il le dit lui-même, Asano ne cherche pas la perfection, car faire une courbe droite sur un ordinateur, tout le monde sait le faire, c’est avec les défauts qu’on se crée une identité, qu’on devient authentique. L’analogie avec Punpun est là, les personnages de Bonne nuit Punpun sont remplis de défauts, ils ne sont pas parfaits et c’est avec leurs défauts qu’ils tentent de s’accepter eux-mêmes. Toute cette philosophie on peut la retrouvé dans un manga du nom de L’homme sans talent de Yoshiharu Tsuge, que j’ai pris la peine de lire (et de l’acheter) pour comprendre ce qu’Asano voulait nous montrer dans Punpun. Ce quotidien réaliste lui vient aussi du mangaka Takamichi Sakura qui était son support moral et son inspiration aujourd’hui.


Pourquoi j’aimes Punpun

Si je devais faire le tout à l’arrache mes arguments seraient surement que visuellement ça envoie du lourd, les personnages sont extrêmement bien développés et l’histoire est très intéressante. Sauf que je me dois de vous expliquer ceci, sinon quel est le point de faire une chronique alors laissez moi vous expliquer et oui cette partie sera beaucoup plus subjective que les autres.

« Une étoile parmi les autres mangas. Punpun est brillant comme manga. »

« Une étoile parmi les autres mangas, Punpun est brillant comme manga. »

Bon visuellement c’est très beau et techniquement si vous avez lu la partie du Inio Asano j’ai expliqué pourquoi ses dessins donne une impression de « photo », mais je vais rapidement repasser sur ce point. Premièrement c’est extrêmement bien détaillé et franchement critiquer les dessins d’Inio Asano est surement impossible à faire. Deuxièmement, les images transmettent les émotions des personnages à la perfection et certains sont beaucoup trop expressifs (un peu comme Kakegurui) ce qui rajoute une touche d’humour je vous l’accorde, mais transmet très bien l’expression que l’auteur veut nous montrer. Pour finir, les fameuses pages complètes sont folles, dans le sens époustouflantes et ça ce n’est que le début, car dans DDD les plans sont encore plus géniaux.

Au niveau des personnages alors là j’ai pas grand chose à redire, c’est beaucoup trop bien écrit. Aucun personnage est sous-développé à mon avis et franchement y’a rien de mieux qu’une histoire remplit de personnages qui ont chacun une histoire, un vécu. Le meilleur dans tout ça, c’est que c’est loin d’être cliché et ça j’adore. Certes il y’a toujours les personnages du genre « l’ami con », « l’ami rebelle » ou encore « le protagoniste banal », sauf qu’ils ne tombent pas dans les clichés qu’ont connaît, car ils sont tellement riches (pas au sens littéraire) qu’ils ont réellement leur propre identité. Je ne veux vraiment pas en dire plus à ce sujet, car découvrir l’histoire de chaque personnages est vraiment quelque chose de magique dans Punpun et gâcher cette expérience serait complètement débile.

L’histoire, alors là ça va être compliqué… Punpun est à mon avis très différents des slice of life (tranche de vie) dont on a l’habitude de voir/lire et c’est surement sa principale force au niveau du scénario, car c’est rafraîchissant ou en tout cas différent. Je l’ai déjà dit au début, mais le manga est sombre, dans le sens qu’il aborde des thèmes tabou et c’est surement pour cette raison qu’il n’y aura jamais d’adaptation animé. Certes il y a des mangas vraiment sombre comme Berserk qui ont eu la chance d’être adapté, mais pour Punpun, j’ai l’impression que c’est impossible de bien l’adapté et le format manga lui convient très bien. C’est aussi pour cela que j’ai dit que je déconseillais le manga au personne en dépression, car sincèrement le manga peut être « porteur d’espoir » pour ceux qui ont la vie difficile, mais comprendre ce message demande de lire le manga jusqu’à la fin et d’ici là on a la temps de prendre le manga beaucoup trop à coeur et de mal comprendre ce message qui rend ce manga si beau, à mon avis. J’ai dit que ça pouvait être porteur d’espoir. Suicide, violence conjugale, sexualité, amour, famille séparée, schizophrénie, croyance, secte, meurtre fugue, solitude, adultère, folie, pauvreté et j’en passe. Tous des sujets qui sont sensibles à parler de façons réaliste et pourtant ils sont orchestré à la quasi perfection. J’insiste sur le réaliste, car Oyasumi Punpun est réaliste. Tout ceci peut réellement se passer dans la vraie vie et peut arriver à tout le monde, même quelqu’un de totalement banal, comme un protagoniste banal par exemple… Franchement l’histoire est intéressante et fait beaucoup réfléchir sur la vie. Ne lisez pas Punpun si vous chercher un slice of life reposant et sans prise de tête. Ce manga est là pour que le lecteur réfléchisse, mais à quoi ?

« Un monde si vaste en possibilités, alors pourquoi tout ceci n'arrive qu'à moi ? »

« Un monde si vaste en possibilités, alors pourquoi tout ceci n’arrive qu’à moi ? »


L’histoire et le design de Punpun

Oui, je n’ai pas fini de parler de l’histoire, sauf que là je vais expliquer un peu plus au lieu de dire pourquoi j’ai aimer (même si je risque surement de dire que tel chose j’ai adorer me connaissant).

La question se pose en effet, pourquoi lire Punpun plus qu’un autre manga ? Pour moi, le mot clef à cette question est « expérience ». Oui, pour l’expérience, car c’est avant tout une expérience avec un message que je trouve extrêmement important pour notre société. Le manga raconte la vie d’un garçon du nom de Punpun, l’enfance, l’adolescence et le passage au « monde des adultes ». On suit l’histoire d’un gamin qui tente de trouver sa place dans ce monde et un sens à sa vie. Questions existentielles qui sont extrêmement présentes dans notre société. C’est en traversant tous ses « points noirs » (oui je fais référence à quelque chose dans le manga, comme ça si vous voulez tout comprendre il faudra lire le manga) que notre Punpun tente de s’identifier et c’est très bien fait. La fin d’Oyasumi Punpun n’est pas la meilleure fin je vous l’accorde, elle reste même un peu obscure pour certain points, mais je crois que la principale force de cette fin c’est surement la façons dont on peut l’interpréter qui peut extrêmement varier de personnes en personnes et selon notre expérience. Je réfléchissais justement avec quelqu’un sur ce point et les deux nous avions vu la fin à notre façons. Ça peut être une mauvaise fin d’un certain sens,mais une fin heureuse aussi.

« Des dessins détaillés, qui sont à couper de souffle »

« Des dessins détaillés, qui sont à couper de souffle »

D’ailleurs une question que vous vous êtes surement poser et celle-ci est : pourquoi Punpun ressemble à un oiseau blanc fantôme très simple à dessiner ? Alors il n’y a pas de réponse exacte de l’auteur, mais il y a bien une raison à ce design et c’est parce que Punpun est quelqu’un de banal. Souvenez-vous que j’ai dit que l’histoire peut arriver à n’importe qui, même quelqu’un de banal. La réponse est donc évidente, ce design est pour que le lecteur puisse s’identifier d’une certaine façons au personnage et en lui enlevant tout trait caractéristiques qui peuvent rendre le personnage stéréotypés. Un peu comme Victor Hugo à fait dans son roman Le dernier jour d’un condamné, il n’avait jamais raconté le passé et le physique du personnage principale pour faire comprendre aux lecteurs que ce condamné pouvait être n’importe qui. Je vais tenter de vous expliquer rapidement avec Punpun à l’aide d’un exemple stéréotypé bien connus : les cheveux. Punpun n’a pas de cheveux il est donc impossible de dire « il est blond, donc il est con » ou encore « il est roux, donc il n’a pas d’âme » (oups). Bref je crois que vous avez compris le principe du design.

On peut alors se poser comme question : pourquoi alors l’entourage de Punpun ont-ils un design « humain » unique. Je ne connais pas l’avis de la communauté à ce sujet, mais pour moi la présence de designs pour les personnages secondaires est essentiel, on veut les différencier du personnages principal pour deux raisons : les lecteurs ne se mélangent pas avec les personnages et car contrairement à Punpun, ils ont une personnalité bien définit. D’ailleurs, toute la famille de Punpun à le design de l’oiseau, car justement on veut dire que cette situation peut aussi arriver à n’importe quelle famille.


Conclusion

Dois-je vraiment me répéter ? C’est un chef d’oeuvre, une perle, une expérience à vivre. Vous allez certainement être confus ou encore bouleversé à la fin tellement que c’est différent et spécial, mais ça vaut clairement le coup. Sincèrement, tous les fans de seinen se doivent de lire Punpun, à mon avis. Je ne crois pas qu’il est classé quatrième meilleur manga au monde selon MAL pour rien. Avoir une note global de 9,02/10 c’est quelque chose et ce n’est pas en pondant n’importe quoi qu’on gagne cette note et le respect de Naoki Urasawa. Vous avez devant vous une histoire riche avec ses défauts c’est sur, rien n’est parfait, mais ne pas lire Punpun c’est rater quelque chose de merveilleux.

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