L’Antre de Softy-Senpaï #8 – C³: Cube x Cursed x Curious

C3 - 00Une malédiction, de la curiosité et… oui, d’un cube. La tête au carré, entrons dans l’univers que nous dévoile C³ – Cube x Cursed x Curious, du groupe d’animation Silver Link (WataMote, Fate/kaleid liner Prisma☆Illya, Ange Vierge) !


Nous parcourons la vie de Yachi Haruaki, qui reçoit un soir de la part de son père un grand et très lourd cube noir. Le facteur a dû prendre congé après ce colis de tous les diables, étant donné qu’il brille par son absence… mais passons. Son père collectionne fréquemment ce genre d’antiquités uniques en leur genre, ce qui ne choque pas plus que cela son fils. Et c’est cette même nuit, qu’une jeune fille toute nue finit par vagabonder à leur domicile ; elle se prénomme Fear-in-Cube Kubrick, ou plus communément Fear. Elle se désigne comme étant un Waas, objet d’un immense pouvoir maléfique, et récoltant de fortes pensées négatives. Fear est amenée à court terme à quiconque s’approchant d’elle de maudire son propriétaire. Monsieur « Gentleman » Haruaki n’est pas du genre à laisser tomber quelqu’un et souhaite aider Fear à éradiquer sa malédiction propre : elle doit supporter les armes de torture de différentes époques, des plus légendaires aux plus contemporaines.

Cependant il ne vit pas seul : son amie d’enfance Konoha Muramasa, ainsi que ses camarades, connaissent fort bien ce genre de « cas ». Involontairement, c’est tout l’entourage de Yachi qui se verra impliquer dans une guerre idéologique entre personnes (sabrées d’un maléfice et détenues par leur maître) cautionnant la faute de l’état actuel des Waas à l’humanité, et celles souhaitant se battre pour un idéal : celui de cohabiter avec le genre humain.

Riche en Fear et en calcium.

Riche en Fear et en calcium.


C Cube nous amène à un fil rouge concis, en dépit d’un début de parcours puéril. Passé le premier quart de l’aventure, l’anime déverse toute une violence et une mélancolie rarement atteintes. On n’est pas au niveau d’un Scream certes (Mirai Nikki amorçait sa diffusion d’ailleurs au second épisode de Cu), tout se prévalue sur la psychologie et l’univers alambiqué de ces dits Waas. C’est tordu, compliqué et au bout des treize épisodes (spécial compris) que l’on nous sert sur un plateau à six côtés, je n’ai moi-même pas tout saisi.

L’anime se contente alors, non sans un certain panache, d’exploiter le manga en y essorant l’essence. C’est dans le lot des productions d’animation japonaise des années 2010, aux côtés de Pandora Hearts et Dark Rabbit : un univers avec un background intriguant et cousu de prime d’abord. La violence joue l’élément perturbateur (mais ô combien attirant) que l’on omet du scénarii (pour vous, spectateur), qui se révèle en vérité du scénario (les scénaristes vous ont bien eus) !

"Je n'ai plus la tête pour toutes ces conneries."

« Je n’ai plus la tête pour toutes ces conneries. »


CCC, « C » le dynamisme des combats, assez pêchus pour l’époque il faut le reconnaître. Cela dit, on retombera dans un schéma répétitif, d’un soupçon de « je tue pour tuer », mais baignant d’émotion et de torts. La relation Wass/humain aura indéniablement voix au chapitre, notamment sur la petite Fear… Sur ce qu’elle est, ce qu’elle fait là, et comment elle en est arrivée là.

Le style graphique et d’animation demeure tout à faut honnête (on a Shin Oonuma au réal’ quand même, le maître-associé du studio), tandis que le casting vocal enseigne l’exemple, avec Yukari Tamura pour l’héroïne principale, puis Eri Kitamura, ou encore Yui Ogura. L’anime se permet même quelques excellences avec une utilisation parcimonieuse de la 3D et de plans serrées (souvent en grand angle).

C3 - 03

Kuroe Ningyouhara, ou le second rôle le mieux… mis en valeur.

Ce que la forme réalise, le fond l’est moins. Le côté macabre au service de deux genres éculés que sont le ecchi/harem. C’est souvent « Cu-cube la praline », pour tout vous dire. L’éternel débat sur la poitrine à chaque épisode ? Vous l’aurez. Bataille pour la bouffe ? Vous l’aurez. Le gars qui se trouve au mauvais endroit au mauvais moment, ça va cinq minutes. Alors pourquoi en parler?. C3 tire son épingle de jeu sur son univers justement très personnel : Yachi à plusieurs repris malgré sa détermination de sauver les Waas semble totalement pris au dépourvu, comme étranger à ce monde qu’il semble à la fois connaitre et méconnaitre. Monde aux pouvoirs puissants dignes d’une déesse, malédictions atroces, causes futiles, rejet de la réalité… C3 vous posera ce type de question qui tranche avec le côté ecchi-harem.

Je regrette tout de même les stéréotypes de certains personnages : une enfant aux tendances perverses, une qui a l’air d’avoir plus de cohérence dans ses seins que dans la tête, une tête-en l’air, une Fear aux allures Shanesques, un directeur d’école mystérieux avec un masque à gaz (à noter une référence underground à un certain perso de jeu vidéo se palabrant de sa réplique culte)… La bande-son se veut discrète et apporte une constance de fond, bien que je vous conseille de l’écouter en seconde écoute. Jun Ichikawa a fait un boulot conséquent, et le montage sonore final de l’anime aurait dû lui permettre de gagner plus de reconnaissance. L’opening et l’ending (respectivement chantés par Eri Kitamura puis Yukari Tamura) méritent fort qu’on y tende l’oreille.


Ce n’est pas par flemmardise que cette chronique ne dévoile que peu d’images autre que la fillette à multiples facettes. La plupart des personnages secondaires demeurent effacés mais servent chacun un propos (si on écarte les camarades d’écoles faisant office de « meilleur décor de l’année 2011″ ). L’intrigue décolle rapidement dans sa seconde moitié pour nous amener vers une fin ouverte, toute aussi décomplexée qu’au départ. Là où d’autres animes ne semblent plus se poursuivre, C3 laisse présager un espoir. Le spectateur pourra réfléchir à l’existence des Waas en allant feuilleter le manga, tiens…

C3 n’est pas original pour un sou : c’est le parfait pot-pourri pleine de bonnes intentions, mais servis autour de choses qui ne fonctionnent pas entre elles. Toutefois, il s’en dégage un parfum délicieux, peut-être grâce à l’aura qu’entoure Fear. Il faut avouer qu’elle seule maintient ce monde fantaisiste, qui, je suppose, semble plus mesquin et moins enfantin qu’il n’y paraît. La forme altère ces propos, dans un enrobage japoniais et maculé de sang et de violence. 

« C3, c’est un peu comme avoir le Cube entre deux chaises. »

Un divertissement malsain, comique, attachant, défoulant, froid, saignant… Des adjectifs qui ont leurs qualités et leurs défauts. L’assidu d’action qui m’incombe aimera concrètement, et si vous l’êtes, vous y passerez un bon moment. Surtout si vous êtes un mètre cube morbide sur les bords.

Ce n'est pas le moment de faire la Fear bouche.

Ce n’est pas le moment de faire la Fear bouche.


Le Rubik’s Cube n’étant décidément pas pour lui, Ølex s’amuse essentiellement à traduire des productions japonaises (adultes désormais) pour sa team WESSO et son label NEHAN, ainsi qu’à d’autres cercles.

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