L’Antre de Softy-Senpaï #4 – Yosuga no Sora

Yosuga no Sora - 00Il m’a fallu pas mal de temps pour savoir comment j’allais traiter cet anime. D’avance je m’en excuse. Ceci étant fait, voici un média qui a su faire parler de lui à l’époque.


Yosuga no Sora (littéralement « Connectés aux cieux » ) est à l’origine un drama eroge publié par Sphere en 2008. L’univers fut très vite adapté en manga de 2 volumes par Mikaze Takashi l’année suivante, puis en 2010 par Feel en anime. Comme à l’accoutumée, c’est la dernière adaptation qui nous intéressera ici. Sachez que l’anime contient de nombreuses scènes extrêmement perturbantes (nudité et actes sexuelles). Cet article énumérera quelques spoilers mais suffisamment flous pour ne pas perturber les plus jeunes. Vous pouvez enlever les bandeaux de vos jeunes bambins, mesdames et messieurs !

"NimuNimuNimuNimuNimuNimuNimuNimu"

« NimuNimuNimuNimuNimuNimuNimuNimu »


Yosuga no Sora nous propose de suivre l’aventure tumultueuse de Sora Kasugano et de son frère Haruka. Ils sont jumeaux. Ils décident de retourner dans leur village d’enfance plusieurs années plus tard. Le spectateur est un peu déstabilisé les premières minutes : on a peu de dialogues, les deux personnages principaux semblant fortement désorientés. C’est après-coup que l’on comprend que ces derniers ont subi un grave drame familial. Ce sont des jumeaux qui se respectent avec ferveur ; ces années passés à grandir séparé ont fortement amoindri leur relation frère-sœur. Pour ne pas arranger les choses, Sora est constamment malade et passe la plupart de son temps sur l’ordinateur. Sa santé ne lui permet pas de se rendre de manière plus ponctuelle à l’école. Elle n’a en effet pas vraiment d’amies.

Haruka quant à lui est déterminé à poursuivre son cursus scolaire en omettant de sa tête ce passé tumultueux. Ils n’ont que peu d’argent et aucun soutien de leur famille. Bien que l’on puisse penser que leur cas s’avère perdu d’avance, il faut avouer que l’ambiance pesante pose le ton, d’entrée de jeu. Leur passé leur permettra de découvrir l’évolution de l’entourage et du paysage. Ce fil rouge, ce passé que les Kasugano cachent tant bien que mal, va inévitablement revenir sur le tapis, avec la venue d’anciennes connaissances féminines d’Haruka. D’autres moments à la fois salvateurs et critiques viendront s’ajouter.

Un des points dont l’anime a su conserver vis-à-vis de l’eroge reste la psychologie des protagonistes. Feel a toujours eu le bon feeling là-dessus. Dans Yosuga no Sora, elle s’avère travaillée sans pour autant nous assommer d’informations. Les personnages secondaires interviennent aux bons moments, et le spectateur parvient à s’y identifier sans la moindre difficulté. Ce qui nous permet de revenir sur une animation aux petits oignons, qui n’aurait rien à envier aux standards de maintenant.

Kazuha et sa passion pour la musique en est un bel exemple.


Par nature, le studio d’animation a choisi de conserver l’essence de Yosuga no Sora, ainsi que ses deux thèmes particuliers : le premier concerne le sexe. Sans trop vous gâcher le plaisir de découvrir la série, sachez que l’habitation où se trouvent notre duo renferme de souvenirs. La maison appartenait à leur grand-père, seul membre de la famille à leur écoute. La famille a vécu d’une façon particulière, relativement psychotique. Ces aménagements ont modulé l’état psychique de nos jumeaux. Le jeune homme Haruka se cherche, entre vouloir passer un cap ou savoir ce qu’il est réellement aux yeux des autres. C’est ici que les relations plus intimes avec d’anciennes connaissances vont s’installer : le visuel montre les ébats sexuels sur plusieurs minutes (Nao notamment, son « premier amour »). Au début avouons que l’on s’y attend pas ; Haruka s’avère relativement impulsif et laisse parler son corps plutôt que son cœur. On comprend que malgré sa timidité d’enfant, il était vraiment populaire auprès des filles.

Passons ensuite au deuxième thème. L’intrigue se recentre sur la blanche Sora. Elle n’a que son frère sur qui compter. Elle lui voue un culte, au point que ses sentiments vont au-delà du simple amour fraternel. Cela la rend vulnérable et hésitante dans ses choix ; entre oser avouer l’amour de chair ou respecter son statut de sœur… Il n’y qu’à un pas ! Vous l’aurez compris : nous parlons ici d’inceste. Ni plus, ni moins.

Malade au sens propre comme au sens figuré.

Malade au sens propre comme au sens figuré.


Yosuga no Sora en ces quelques lignes n’est clairement pas destiné à un jeune public. On voit les relations d’Haruka sur six épisodes, ce qui représente mine de rien la moitié de l’adaptation. Sora reste très en retrait. En souhaitant oublier le triste passé en commun avec sa sœur, il en oublie le plus important : la chérir en tant que grand-frère. Dans un premier temps on se demande pourquoi Haruka agit ainsi, et couche avec pratiquement toutes les filles qu’il croise. Est-il un abonné de l’amour sans lendemain ? Le personnage en devient selon votre ressenti de profondément détestable à quelqu’un à plaindre.

Du point de vue de Sora ou Haruka, on a de nombreuses scènes équivoques dans la majorité de l’adaptation. Au-delà du fait que cela soit gratuit, on se sent mal à l’aise, en particulier pour l’adolescente : seule, passant ses journées sur le PC – sans Internet, imaginez l’ennui. Quand elle part à l’école, elle reste à l’écart de ses camarades. Même de son frère d’ailleurs. Pour Haruka, il est complètement perdu et le sexe en est son exutoire. Et ce sera encore pire quand il va découvrir ce qu’a Sora en tête…

Le dernier quart de l’anime choquera les âmes les plus sensibles. C’est l’euphorie la plus totale. On oublie le tabou de la simple relation frère-sœur. On se croirait dans une relation bien connue de l’aristocratie d’il y a trois siècles. Cette complicité se dévoilera aux yeux de tous. Puis vient la fin. « Tiens, cette scène est coupée, ai-je raté quelque chose ? » Sur le générique final, vous aurez à coup sûr cette réaction. Les dernières minutes sont étrangement amenées.

"Je suce mon bâtonnet". Phrase très philosophique.

« Je suce mon bâtonnet ». Phrase très philosophique.


Yosuga no Sora nous propose un univers au service du sentimental, d’amour sans frontières. Avez-vous pensé une seule seconde à voir votre parent en amour plus intime ? Comment votre entourage perçoit cette relation inhabituelle ? Sommes-nous spéciaux ? Je suis habitué à ce genre de question car je visionne et lis souvent ce type d’histoires. Je me suis en quelque sorte passionné par le domaine psychologique d’un genre, qui aux yeux du monde, demeure sensible. Il suffit pourtant de se tourner vers un anime récent pour voir ce qui a divisé les critiques : les derniers épisodes de Ore no imouto ga konna ni kawaii wake ga nai (OreImo en abrégé, série licenciée par Wakanim en 2013). Et c’est encore une nouvelle fois l’inceste qui est représentée.

Pourtant je tiens à ce que vous ne voyiez pas ces animes y faisant son apologie : plusieurs niveaux de lecture sont à étudier. Dans OreImo, la finalité reviendrait plus à un but initié par l’univers otaku, et ne constitue pas la base de l’intrigue. Dans Yosuga no Sora, c’est le manque de repère et d’unité dans la famille Kasugano qui prime. Le dernier épisode arbore une nouvelle échappatoire pour nos jumeaux, même si ce cap pourrait tout aussi bien signifier « partir ailleurs ». Il y a plusieurs définitions et synonymes pour « partir » ; le « Connectés aux cieux » a du sens. Cette fin très abstraite, par réflexion, est en mon sens parfaite.

« L’anime y amène un sujet, et c’est à nous d’y répondre. »

My god...

My god…


Que se serait-il passé si ce drame familial ne s’était pas produit ? Je ne pense pas que leur relation serait aussi avancée que maintenant. Un choc psychologique fatal qui a finit par donner leu à un cycle infernal, une relation impossible à arrêter. Des circonstances qui font qu’ils se retrouvent livrés par eux-mêmes, orientés vers ce tabou dont la plupart des gens civilisés dans le monde renierait de nos jours. Le débat ne fait que de continuer, mes enfants !

Oui Yosuga no Sora amène son lot de scènes « cochonnes » (le nom des épisodes emploie volontairement ce terme). Je ne dirais pas qu’elles sont d’une nécessite absolue, mais elle impose l’état d’esprit qu’a le jeune homme, tandis que la frêle jeune fille ne dit mot. Le traitement graphique reprend cette idée, jusque-dans son opening : froid, austère et symbolique. Quelques rares scènes plus conventionnelles sont d’actualité, permettant de nous détendre entre deux révélations… ou scène d’amour.

'Un insecte : Aaaaaah !'

‘Un insecte : Aaaaaah !’

En appendice, les fins d’épisodes sont nettement plus délurés, contrastant avec le caractère bad de l’anime. Des scènes bien fendardes, avec l’épilogue chibiesque en compagnie de la domestique de Kazuha Migiwa, l’imperturbable Motoka. De durée très courte, ces scènes sont à la fois confuses et hors-sujet ; de ce que j’ai pu comprendre, c’est une histoire alternative où Haruka se serait épris de la maid. Vous pouvez la regarder comme la zapper.

"Tadaa !"

« Tadaa ! »


À vous spectateurs de juger cet anime : inutile, malsain, profond, mature, géniale, dramatique… Vous serez touchés par cette expérience originale dans tous les cas, entre surprise et tristesse. En dépit d’une adaptation animée un poil trop sage malgré les apparences (le manga et l’eroge sont deux crans au-dessus niveau drame), Yosuga no Sora est un des animes que je conseille le plus de voir. Si vous acceptez le parti pris mature – et par conséquent pas mal de scènes bien (dé)culottées, vous ne serez pas déçu. Sortez vos mouchoirs… À vous de voir ce que vous en ferez !

« Sora et Haruka ont formé le plus beau… et triste duo qui m’a été donné de voir dans un anime de ce type. Si le monde ne veut pas d’eux, alors ils s’en iront. »

"- On dit adieu à ce monde de merde ! - Ouais !"

« – On dit adieu à ce monde de merde ! – Ouais ! »


Occupé mais toujours sensible à la critique, Ølex est aussi fansubbeur des animes Specials/Loli chez la WESSO et en assistance pour d’autres équipes. Retrouvez-le sur ask.fm, Twitter, Facebook et MAL.

One thought on “L’Antre de Softy-Senpaï #4 – Yosuga no Sora

  1. Fantin

    Je n’ai pas eu l’occasion de le voir, mais Dieu sait que j’en ai entendu parler que ce soit en bien ou en mauvais. Ça me semble être un passage obligé pour donner son avis :-) . En tout cas, comme tu le dis, c’est pas un anime qui laissera indifférent

Laisser un commentaire