Les Chroniques de Betshet #4

Shokugeki no Soma (manga)

v005-1

Auteurs : Yuto Tsukuda & Shun Saeki

Date et statut : 2012, 115 chapitres en cours

Genres : shonen, cuisine, ecchi

/!\ Spoilers!

Pour ceux qui ne connaîtraient pas : l’histoire, c’est celle de Yukihira Soma, apprenti cuisinier qui a appris la cuisine auprès de son père dans leur restaurant familial. Un jour, son père décide d’accepter un travail à New York en tant que chef cuisinier dans un cinq étoiles. Soma découvre alors que son père est l’un des meilleurs cuisiniers du monde, et que durant trois ans, il va devoir aller étudier à l’académie Tootsuki, qui forme l’élite avec une main de fer. Déterminé à surpasser son père, Soma se donne alors pour objectif d’atteindre le sommet avant sa remise de diplôme.

Pourquoi ce manga? À première vue, il n’a pas l’air très intéressant. Et c’est ce qu’on pourrait croire en regardant les premiers chapitres ou épisodes. On suit juste les péripéties de Soma, véritable ouragan au sein de Tootsuki, bouleversant les ordres de pouvoir, se faisant remarquer de tous, écrasant ses adversaires. C’est du shonen, et dans un shonen, le héros perd rarement. D’ailleurs, Soma a tout du héros classique : impertinent, critiquant l’ordre établi, la tête pleine de rêves, des techniques dans sa manche, toujours prêt à aider son prochain… Alors pourquoi parler de lui?

Eh bien je viens de vous donner la réponse. Parce que Shokugeki no Soma, ce n’est pas un manga de cuisine. C’est un manga à propos de Yukihira Soma.
Au début du manga, Soma est effronté, confiant en ses capacités et grande gueule. On le voit déclarer la guerre à tous les élèves de secondes dès son arrivée dans l’établissement, se mettre à dos la petite-fille du directeur, bref, foutre le bordel. Parce que c’est ça qu’il est, Soma, un fouteur de merde. Partout où il passe, il change les choses, écrase ses adversaires et leur tend la main après, refaçonne l’univers autour de lui. Au fond, comme le ferait un enfant. Si quelque chose ne lui convient pas, il le change. Il refuse de se plier aux règles. Il se prend pour le centre d’attention, devient le maître du monde dans sa tête. Comme un gosse.

Et puis, petit à petit, viennent s’ajouter des petites subtilités. Par exemple, sa première défaite contre Shinomiya, quelqu’un d’autre que son père. Son pari risqué face à Mimasaka. Et finalement, le concours qui va lui faire réaliser quelque chose : la finale de l’élection d’automne. Soma perd. Devant une foule. Face à un adversaire au même niveau que lui, Soma perd.
Alors, il va se mettre à réfléchir. Comme le dit son père, Soma n’a pas quelque chose que tout les autres possèdent : la faculté d’abandonner. Soma est incapable de s’avouer vaincu, ou du moins de reconnaître ses limites. Et c’est pourquoi il va sans cesse cherche à s’améliorer. Comme un gamin, je vous dis.

Ainsi, dans cet arc de la Stagiaire Week, qui s’est terminé cette semaine sur une note magnifique, Soma va absorber. Il étudie Shinomiya, il apprend, il essaie, il échoue, il réessaie jusqu’à réussir. Et c’est là qu’il va comprendre quelque chose.
La raison pour laquelle il avait perdu l’élection d’automne, d’après le directeur Nakiri, c’était parce qu’il n’avait pas de « spécialité » en tant que chef. Soma, il innove, il reproduit, il améliore, il revisite tout et n’importe quoi, mais il n’a pas de spécialité.
Alors, ça va déclencher un truc chez lui. Soma, d’habitude grande gueule, un peu rigolard, pas toujours très sérieux, qui fait des plats qui font apparaître des petits anges troll, il va se taire et écouter. Chez Shinomiya, il va tout absorber. Il n’en perd rien en ambition, bien au contraire, mais il apprend à respecter ceux qui ont quelque chose à lui offrir.
En fait, on peut dire qu’au tout début du manga, Soma vivait dans une petite bulle. Pour lui, son rêve c’était de remplacer son père dans son restaurant, de prendre la relève, en somme. Et puis il va comprendre que c’est pas possible.

En rencontrant des adversaires plus forts que lui, Soma va tomber des nues, et comprendre qu’il n’est peut-être pas le meilleur, comme il semblait le penser. Alors il devient humble. Et surtout, il va comprendre que son père est passé exactement par le même chemin que lui. Son père aussi a appris, a visité, a voyagé, et a appris des techniques et des recettes au gré de ses rencontres et de ses expériences. C’est toute cette expérience, toutes ces connaissances que son père a voulu rassembler en un seul lieu, son petit restaurant familial. Donc logiquement, ce restaurant EST son père, toute l’oeuvre de sa vie, ce à quoi il a consacré toute son existence. Voilà pourquoi reprendre le restaurant est impossible : sans son père, le restaurant ne serait plus celui que Soma a toujours connu.

Donc au final, il ne lui reste qu’à suivre les pas de son père. Lui qui au début était si sûr de lui-même et de ses connaissances, il va croiser des adversaires de plus en plus forts, des gens qui en savent infiniment plus que lui : en sortant de sa bulle d’arrogance enfantine, Soma va découvrir le monde autour de lui, rencontrer, échanger, créer, imaginer, bref, évoluer, pour au final se créer un « lui ». Et ainsi, son rêve va changer : au lieu de reprendre le resto familial, Soma veut maintenant créer son propre restaurant, tout comme son père avant lui. Créer ses recettes, faites à partir de toute l’expérience qu’il aura accumulée au gré des rencontres à Tootsuki. Lui qui trouvait stupide le fait d’aller trois ans dans une école apprendre ce qu’il pensait déjà savoir.

En fait, Shokugeki no Soma c’est l’histoire de Soma qui s’ouvre au monde, qui sort de son isolement et se met à évoluer.
En fait, c’est tout simplement l’histoire de Soma qui devient un adulte.
Et ça, c’est puissant.

2 thoughts on “Les Chroniques de Betshet #4

  1. Fantin

    Je ne suis pas très manga papier, mais la description que tu as faite peut me donner envie de laisser sa chance à l’animé, faudra voir ce que tu en as pensé quand il sera terminé.

  2. Betshet

    Pour l’instant, l’anime est pas transcendant. La réal est assez bonne, surtout sur les scènes de cuisine, qui rajoutent indéniablement un plus par rapport au manga, et j’aime bien la couleur et les décors. Mais le dessin (dont j’ai pas parlé dans la chronique parce que c’était pas mon propos) est loin d’égaler celui du manga. C’est simple : Soma a l’un des meilleurs dessins que j’ai pu voir dans un manga.
    Donc pour l’instant, l’anime est sympa sans plus, j’attends de voir ce qu’ils vont faire sur la longueur pour donner un avis. Parce que mine de rien on en a pour 6 bons mois à en bouffer de l’anime, et si c’est pour adapter le manga case par case ça sert pas à grand chose.

Laisser un commentaire