Les Chroniques de Betshet #2

Yahari ore no Seishun Love Come wa Machigatteiru

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ATTENTION : SPOILS (nombreux)

Yo les gens, dites-moi, est-ce que avez déjà aimé un anime, non pas pour ses scènes d’actions, son nombre de boobs par seconde ou son moe, mais pour le sens philosophique caché derrière? Pour moi, ces anime sont mes préférés, parce qu’ils amènent celui que regarde à se poser des questions profondes. Ces anime, ils sont rares, mais me procurent à chaque fois cette sensation qu’il y a quelque chose de plus qu’une simple histoire fictive derrière.
Aujourd’hui, on va se rendre dans un lycée pour suivre les aventures des trois membres du club des volontaires. Une fille populaire un peu tête en l’air, une autre intelligente et belle, mais froide et hautaine, et un mec répugnant dans sa façon d’être et de penser, un sociopathe du plus haut niveau persuadé d’être supérieur à tous ceux qui l’entourent, seront les personnages que nous allons suivre tout au long de cet anime qui a réussi à brillamment mélanger psychologie et school life.

Commençons par le synopsis : Hikigaya Hachiman, l’asocial que je vous décrivais à l’instant, est forcé par son professeur principal à rejoindre le club des volontaires, où Yukinoshita Yukino, seule membre du club jusqu’alors, aide ceux qui le veulent à accomplir leur requête, celui du professeur étant de soigner Hachiman de sa personnalité à problèmes. S’ensuivent alors, dans le cadre du lycée, différentes requêtes des étudiants que Hachiman, Yukinoshita et Yuigahama Yui, qui les rejoindra par la suite, vont s’efforcer d’accomplir.

Alors dit comme ça, ça va pas donner envie à ceux qui n’aiment pas le school life. Et c’est sûr que c’est très classique de ce côté-là pour beaucoup d’épisodes. On a le petit groupe de lycéens qui aide ses camarades à résoudre divers problèmes, les évènements habituels ultra codifiés du school life, à savoir festival d’été, festival culturel, sortie scolaire… La différence se situe essentiellement au niveau des personnages. Pour être exact, seuls deux personnages sortent réellement du lot. Le reste du casting se divise en deux catégorie : ceux qui ne servent qu’à mettre le héros (ou plutôt antihéros) en valeur, et ceux qui ne sont là que pour le comique. Ces derniers sont de loin les moins intéressants, aussi nous n’allons pas beaucoup en parler.

Commençons par le commencement : analysons les divers éléments du premier épisode. Déjà, dès les premières secondes, nous voici introduit avec l’un des gros points forts de l’anime : la focalisation interne sur Hachiman. Pour les lacunes en vocabulaires, focalisation interne, ça veut dire que l’on observe les évènements à travers l’oeil de Hachiman, de son point de vue, avec ses pensées. En effet, les premières secondes de l’épisode sont un monologue interne du héros que dont on va découvrir la personnalité tordue à travers ses pensées sur la société et la « jeunesse ». Je ne résiste pas à l’envie de vous citer les premières lignes de monologues, et donc les premiers mots du personnage principal de l’anime, histoire de bien vous montrer à qui vous aurez affaire pendant 12 épisodes : « La jeunesse est un mensonge, et une forme de mal. »

Vous le sentez l’asocial puissance over 9000 là? Vous le sentez arriver avec ses gros sabots?
« Ceux qui glorifient la jeunesse ne dupent qu’eux et leurs proches, et croient que leur entourage confirme toujours leurs actions. En utilisant le mot « jeunesse », ils déforment le bon sens et la logique. Pour eux, mensonges, secrets, pêchés et échecs font partie du piment de la jeunesse. Si, comme ils le disent, l’échec est typique de la jeunesse, alors quelqu’un qui a échoué à se faire des amis doit être à l’apogée de sa jeunesse, non? Cependant, je suis sûr qu’ils ne seraient pas d’accord. Tout fait juste partie de leur absence de logique. En conclusion, les imbéciles qui profitent de leur jeunesse devraient tous mourir. »

Hikigaya, c’est un asocial, tout d’abord par obligation, puis par choix. Selon sa logique, il est supérieur à tout le monde, et tout le monde le dégoûte, donc il ne se mélange pas aux autres. Il a lui-même mis au point des techniques d’observations de son entourage, classe les gens dans des boîtes au premier regard, déteste les gens populaires, analyse la société de manière complètement tordue, mais aussi très juste, il sait comment marche les mécaniques sociales, quels sont les « flags » d’amour et d’amitié, et fait tout pour éviter qu’ils se produisent, ou pour les briser. On a un parfait exemple de cela lorsqu’au quatrième épisode, lorsqu’il apprend que c’est le chien de Yui qui a causé son accident de voiture et l’a empêché de se faire des amis au début de l’année. Il pense alors que Yui n’est sympathique avec lui que parce qu’elle se sent coupable, et cette révélation fait voler en éclats ce que Yui et Yukinoshita avaient commencé à construire : il retourne à sa pensée sombre, défaitiste et pessimiste. Et tout l’anime c’est comme ça, Yukinoshita, son professeur principal, Yui, tous vont essayer de le sortir de son monde de noir et blanc, de soigner ses « yeux de poisson mort » comme ils ne cessent de le répéter. Par exemple, Shizuka Hiratsuka, son professeur, qui l’a obligé à adhérer au club des volontaires. C’est le prmeier personnage secondaire de l’anime que l’on rencontre, juste après l’opening de l’épisode un. Et c’est là que l’on se rend compte que le monologue du début était en fait une rédaction écrite par Hachiman. Vous vous rendez compte que le mec a une personnalité tellement pourrie qu’il va dire « les imbéciles qui profitent de leur jeunesse devraient tous mourir » dans une rédaction?

Franchement, j’adore ce mec. Tout l’anime, absolument tout est centré sur lui, et ça tombe bien, parce que lui même n’est centré que sur lui, même si de temps en temps, on le voit s’intéresser à Yukinoshita parce qu’elle et lui sont similaires. Lui a été rejeté parce que les autres le trouvent répugnant, elle, parce que les autres étaient jaloux de sa beauté et de son talent. Sa personnalité froide, autoritaire et en même temps triste va attirer l’attention de Hachiman, mais c’est le seul personnage de l’anime auquel il va prêter attention. Tous les autres, il les méprise. Bon, il méprise aussi Yukinoshita, mais elle, en plus, elle l’intrigue, alors que tous les autres, il ne les considère pas comme intéressants. Bon, on va passer sur Totsuka et Zaimokuza, qui ne sont là que pour le comique, et on va s’intéresser à Hayama. Le reste du groupe d’Hayama on s’en fout, ils sont là uniquement pour jouer le rôle des mecs normaux, qui vivent leur « jeunesse », et qui sont donc complètement invisibles pour Hachiman. Hayama, on peut dire que c’est l’exact opposé d’Hachiman, en personnalité autant qu’en apparence. Il est beau, populaire, optimiste, sympathique… Hayama, il pense que personne n’est mauvais, et veut toujours tout faire pour que tout le monde soient de bons amis et vivent dans la bonne humeur. Il dégage une aura de sympathie qui fait que tout le monde s’entend bien avec lui. Même Hachiman plie quelques fois devant sa lumière. Seuelement, Hachiman va découvrir à un moment donné que l’amitié qu’Hayama amène avec lui n’est que factice : dès qu’il s’éloigne, les gens redeviennent comme avant, et ne s’entendent plus bien. Mais Hayama reste tout de même profondément optimiste, même s’il sait cela.

En fait, on voit bien que les personnages de Hiratsuka et Hayama n’existent que pour mettre en valeur, confronter, bloquer, corriger, détruire la personnalité d’Hachiman. Et tout cela s’accentue au fil de l’anime : nous arrivons maintenant à une sortie en colonie pour surveiller un groupe d’enfants de primaire. Et là, beaucoup de choses deviennent très intéressantes. Nous avons l’arrivée d’un nouveau personnage : une espèce de mini-yukinoshita, qui est rejetée par toutes ses amies de primaire. Là, l’anime nous montre deux solutions qui s’opposent : tout d’abord, Hayama va essayer de les mettre tout le temps ensemble, de rapprocher la petite du reste du groupe, pour qu’elle se réintègre. Le résultat est désastreux : dès que Hayama tourne le dos, tout le monde se détourne de nouveau d’elle. S’ensuit une discussion entre Yukino, Yui, hachiman, et la petite, où Hachiman tient un raisonnement digne d’un sociopathe de très haut niveau : il effectue un rapide calcul d’après l’exemple de Yui, qui est plutôt populaire, et estime que parmi tous les gens que l’on a côtoyé en primaire, on ne garde le contact qu’avec 1% d’entre eux. 1%, en sciences, c’est une erreur, c’est négligeable. Donc ça ne sert à rien de se faire des amis en primaire puisque de toute façon on ne les reverra plus. CQFD.

Puis, Hachiman propose une solution pour réintégrer la petite : puisque la réinsérer dans le groupe ne fonctionne pas, il va briser complètement la pseudo amitié entre le reste des filles du groupe. Il va réduire en pièces leur entente, pour repartir de zéro et permettre à la petit de nouer de nouvelles relations. Et pour ça, il va demander à Hayama et sa bande de jouer les racailles, et il va dire aux filles, qui sont cinq, qu’elles doivent choisir deux d’entre elles qui vont être tabassées, les autres pourront partir. Hachiman, en spécialiste des relations humaines qu’il est, a vu juste, et en moins de 5 minutes, le groupe est démantelé, les filles se mettent à pleurer, elles se dénoncent les unes les autres et se mettent à s’insulter. Stop.

Vous vous rappelez ce qu’on est en train de regarder là? Un anime? Dans un school life classique, vous savez ce qui se serait passé? Hayama aurait gagné, les filles auraient révélé leurs vrais sentiments en pleurant, elles se seraient jetés dans les bras l’une de l’autre pendant que les lycéens les regardent en souriant. Là non. Dans Oregairu, LE MÉCHANT GAGNE. Et c’est ça que j’adore dans cet anime. Hachiman est un salopard cynique, arrogant et pourri jusqu’à la moëlle, qui pense être supérieur à la société entière. Et il gagne. Il a raison. Il a toujours raison. Tout le monde a tort, sauf lui, il se tient au centre de tous, il a été détruit et broyé par la vie, et savoure sa défaite, et ça le pourrit de l’intérieur. Et normalement, il aurait fini seul, dans un coin, mais en essayant de la sauver, Hiratsuka n’a fait que révéler à ceux qui le côtoient l’étendue de sa pourriture. S’il avait été seul, il aurait ruminé seul ses pensées. Mais dans le club des volontaires, on lui demande des conseils, on lui demande de l’aide, et donc il répond de la façon qui lui semble la plus appropriée, en partageant sa pourriture, pour montrer aux gens que le monde est mauvais. Il a fait ça en réussissant à briser le groupe d’amies, et il réitère plus tard dans l’anime, lors du festival culturel du lycée.

Le festival du lycée, le passage le plus intéressant de l’anime, et le moment où la personnalité tordue d’Hachiman atteint des sommets. Pour vous résumer le truc, un président du conseil du festival doit être désigné, Yukinoshita ne souhaite pas se présenter, c’est un nouveau personnage que l’on avait pas encore vu qui est choisi, mais Hachiman et Yukino reçoivent une requête leur demandant de l’aide pour le festival, donc ils vont quand même au conseil, Yukino devient vice-préz et Hachiman la victime de service à qui on refile les tâches les plus chiantes et le travail des flemmards. Seulement, au fur et à mesure que la préparation du festival avance, on se rend compte de deux choses : la présidente elle a choisi le poste pour être félicitée et remarquée, mais en tant que présidente elle craint à mort, et Yukino, elle est vachement plus douée qu’elle et elle fait quasiment tout le boulot.
Arrive alors ma scène préférée de l’anime. Parmi tous les dialogues et monologues de Hachiman, c’est celui-là que je préfère, déjà parce qu’il va faire celui-là devant une assemblée, et pas juste devant deux ou trois personnes, ensuite parce qu’il met la baffe virtuelle qu’on avait tous envie de mettre à) la présidente depuis un bon moment, enfin, parce que tout ce que dit Hachiman est vrai, mais que personne ne veut le dire aussi durement et à haute voix.
Dans cette scène, le conseil doit choisir un slogan pour le festival. Tout le monde y va de sa petite proposition, Hachiman les dénigrant toutes dans sa tête, jusqu’à ce qu’arrive le slogan proposé par la présidente : « Liens, un festival culturel où tout le monde coopère ». Hachiman ne peut retenir son mépris pour la présidente, et fait un rictus cynique que cette dernière ne manque pas de remarquer. Elle lui demande alors d’essayer d’en trouver un meilleur. Commence alors le monologue :
« -Pourquoi pas : « Humain, un festival où si tu regardes attentivement, un côté se repose juste sur l’autre » ?
-Donne nous une explication, Hikigaya.
-Vous voyez, on dit que le caractère pour « humain » représente des personnes qui se soutiennent, mais un côté s’appuie juste sur l’autre. Une approbation implicite de brimer quelqu’un. C’est le concept même derrière ce caractère, et c’est pourquoi il convient parfaitement à ce festival culturel et à ce conseil.
-Qu’est-ce que tu veux dire exactement par « brimer »?
-Je suis vraiment une victime, là. On me fait faire tout le travail en retard. En fait, on me fait faire le travail des autres. C’était ce que notre présidente a voulu dire quand elle a dit « tout le monde coopère »? En fait, je n’ai jamais coopéré avec personne, donc je n’en suis pas sûr. »
Ou comment jeter un froid, par Hikigaya Hachiman.

Du coup, à un moment, la préz qui s’est présentée pour le lol et qui préfère plaisanter et traîner avec ses potes plutôt que de bosser sérieusement, bah elle craque, et elle se tire avec des documents importants pour le festival sur elle. Du coup c’est la panique, tout le monde la cherche, yukino et yui essaient de gagner du temps pendant que Hachiman va la chercher. Et surprise, Hachiman la trouve sans trop de mal. Arrive après lui Hayama, qui essaie de la convaincre de revenir en lui disant qu’ils ont besoin d’elle, que tout le monde l’attend, bref, ce que n’importe quel anime normal ferait. Mais comme ça marche pas des masses, Hikigaya sort alors son dernier monologue de l’anime, criant de vérité, dur, mais juste, mais qui reste quand même, d’après Hayama, la mauvaise méthode :
« Haaa… Oui, tu es vraiment la pire. Sagami, en fin de compte, tu voulais juste être dorlotée, non? Tu fais tout ça parce que tu veux que les gens fassent attention à toi, pas vrai? Même en ce moment, tu veux que les gens te disent qu’ils ont besoin de toi. Il est douloureusement évident qu’une personne de ton calibre n’aurait pas obtenu le respect d’une bonne présidente.
En vérité, tu voulais être comme Yukinoshita. Tu voulais devenir quelqu’un de reconnu, sur qui compter, et à qui se fier. C’est pourquoi tu t’es immédiatement cramponnée au titre de présidente. En même temps, tu voulais confirmer ta supériorité en jugeant les gens et en les prenant de haut. Ce sont les vraies couleurs de la « croissance » que tu cherchais. Tout le monde l’a probablement déjà remarqué en ce moment, puisque même moi je l’ai compris alors que je ne te connais même pas.
Nous sommes pareils. Nous sommes tous les deux membres des couches les plus basses de la société. Réfléchis-y un peu. Je m’en moque de toi, pourtant, j’ai été le premier à te trouver. Est-ce que ça ne veut pas dire que personne ne s’est vraiment donné la peine de te chercher? Tu le sais déjà, n’est-ce pas? C’est tout ce que tu- » Il se fait alors plaquer au mur par Hayama.

Oregairu, c’est un anime qui détruit certains codes de l’amitié et de la vie scolaire. Au lieu de rassurer les gens et de les aider, Hachiman va les broyer jusqu’à ce qu’il ne leur reste plus rien, parce que comme ça ils vont pouvoir repartir sur de nouvelles bases. Mais comme le dit le professeur à la fin de l’anime : « Si on regarde juste les résultats, tu as fait un excellent travail, mais je ne peux pas me résoudre à te féliciter pour ça. », parce que peu importe comme comment on le regarde, la façon de faire de cet antihéros en puissance est mauvaise, parce que en plus de briser les gens, ils se donne le mauvais rôle, endosse les insultes et le mépris, et se blesse au passage. Et toujours d’après le professeur, « ce n’est pas parce que tu es habitué à ressentir la douleur que ça ne te blesse pas ».
Oregairu, c’est l’histoire de Hikigaya Hachiman, un lycéen asocial, et des personnages qui vont essayer de le guérir de sa personnalité sombre et tordue. Et ce qui est génial, c’est que à la fin de l’anime, à la toute fin, rien n’a changé. Hikigaya est toujours aussi tordu. Il a sauvé la situation, mais toujours de la manière la plus horrible possible, et est retourné à la case départ, et sa « jeunesse » est toujours aussi foireuse. Et personne n’a pu le faire changer.

J’adore cet anime malgré de très nombreux défauts, parce que rarement un anime ne m’ autant passionné par son sens psychologique et philosophique. Il propose de vraies réflexions sur la vie et la société, tout en mettant en scène un antihéros qui accepte d’endosser tous les maux du monde, parce qu’il pense que c’est la meilleure manière de faire les choses. Et le tout, dans une vie scolaire. Le voilà, le génie de cet anime. Je vous le conseille vraiment si vous ne l’avez pas encore vu, si c’est déjà fait, allez le revoir, il en vaut le coup.

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